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Olivier Chatelan (dir.), Le Prado, jalons pour une histoire (XIXe-XXIe siècles).

Lyon, Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA, UMR 5190), « Chrétiens et Sociétés, Documents et Mémoires », 2025, 198 p.

Une congrégation religieuse qui ouvre ses archives aux historiens de métier pour qu’ils écrivent son histoire ! Le fait n’est pas banal. Tel est pourtant le cas de la Société des prêtres du Prado, d’origine lyonnaise, et de leur congrégation féminine jumelle, la Société des sœurs du Prado. De leur histoire, avant le colloque dont on présente ici les actes, ne surnageaient que le fondateur, Antoine Chevrier (1826-1879), béatifié par Jean-Paul II en 1986, et son lointain successeur Mgr Alfred Ancel (1898-1984). Pour honorer cette commande et défricher une histoire largement méconnue, les membres du pôle d’histoire religieuse du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes ont organisé, les 11 et 12 octobre 2023, à Saint-Étienne, une rencontre exploratoire. Après un état de la question et des sources disponibles, brossé par Olivier Chatelan, Jean-Dominique Durand revient sur le projet du père Chevrier. Prêtre du diocèse de Lyon, vicaire dans une paroisse du quartier déshérité de La Guillotière, il a été saisi par l’absence d’instruction religieuse chez de nombreux enfants du quartier. Il a acquis en 1860 une ancienne salle de bal malfamée, le Prado, pour leur servir d’abri et assurer leur socialisation religieuse. Il a fondé dans ce but une Société de prêtres « pauvres pour les pauvres », bientôt appelés Pradosiens. Durand montre bien que l’initiative n’est pas d’abord sociale, mais religieuse : assurer la catéchisation de ces enfants des rues. Ce sont les successeurs de Chevrier, le père Jean Audin notamment, qui ont fait d’une œuvre de persévérance religieuse une œuvre sociale, avec une « école d’orientation professionnelle » dont Philippe Rocher décrit la naissance et l’évolution jusque dans les années 1940. Une étape importante de l’histoire du Prado est franchie en 1934, quand son recrutement est étendu à l’ensemble de la France. Quelques dizaines en 1937 dans le seul cadre du diocèse de Lyon, les Pradosiens sont près d’un millier en 1968. Moins exposés que les prêtres de la Mission de France, créée en 1941, ils sont envoyés, comme eux, dans les paroisses déchristianisées des villes et des campagnes.

De cette expansion, qui reste à documenter plus précisément, émergent deux personnalités phares. Le compagnon de route Joseph Folliet, figure marquante du catholicisme social lyonnais qui, faute de pouvoir fonder une organisation laïque du Prado, finit par y être ordonné prêtre en 1968 (Corinne Bonafoux). Mais le grand homme du Prado, qui conduit son expansion au XXe siècle, n’est autre que son supérieur général de 1942 à 1971, Mgr Ancel, dont trois activités sont ici étudiées : son rôle dans l’affaire des prêtres-ouvriers (Tangi Cavalin), son rôle au concile Vatican II (Christian Sorrel), son rôle dans l’internationalisation du Prado (Sabine Rousseau). Il est logique que des Pradosiens, prêtres « pauvres pour les pauvres », aient souhaité s’insérer, non plus seulement dans des paroisses de mission, mais dans les usines. Des Pradosiens entrent donc au travail après 1945 et Mgr Ancel devient l’un des principaux répondants hiérarchiques de l’expérience. D’abord pour tenter de la canaliser par un directoire – en vain : plusieurs de ses prêtres refusent de se soumettre aux exigences romaines en 1954 (le syndicaliste René Desgrand devient même maire communiste de Vénissieux) ; ensuite pour tenter de vivre lui-même cette expérience selon les règles édictées par Rome, dans le quartier de Gerland entre 1954 et 1959, date à laquelle tout travail, quel qu’il soit, est interdit aux prêtres et, a fortiori, à un évêque. Car Ancel est évêque auxiliaire de Lyon depuis 1947 et homme de confiance du cardinal Gerlier en matière doctrinale. C’est à ce titre qu’il participe de façon active au concile Vatican II, où il est l’évêque français qui intervient le plus (quatorze fois) ; mais son apport y est moins décisif que celui de ses confrères Garrone, Marty ou Veuillot. Déchargé partiellement du supériorat, il s’investit à partir de 1959, par ses nombreux voyages, dans l’expansion internationale de son institut : tout à la fois entrée au Prado de prêtres étrangers et départ de Pradosiens à travers le monde, en Afrique et surtout en Amérique latine, où ils épousent les efforts de libération de leurs ouailles et peuvent subir leur répression (Ellie Douska sur le cas chilien).

Malgré sa polarisation sur quelques figures majeures, Audin, Chevrier, Folliet ou Ancel, qui laisse encore pas mal de trous, sur la branche féminine notamment, devenue autonome en 1925 (Anne Jusseaume), les actes de la rencontre de Saint-Étienne fournissent la trame de l’histoire d’une des entreprises missionnaires les plus originales du catholicisme français aux XIXe et XXe siècles.

Étienne Fouilloux

Notes de lecture de la revue Le Mouvement social
Notes de lecture de la revue Le Mouvement social

Le texte seul est utilisable sous licence Creative Commons Attribution Utilisation non commerciale 4.0 International. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont “Tous droits réservés”, sauf mention contraire.


OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Notes de lecture de la revue Le Mouvement social (14 juin 2026). Olivier Chatelan (dir.), Le Prado, jalons pour une histoire (XIXe-XXIe siècles). Le carnet du Mouvement social. Consulté le 9 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16e63


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